Princesse Moustache
Il était une fois dans un lointain royaume, une princesse, que les fées avaient délaissée le jour de sa naissance car elles avaient mieux à faire, qui fût dépourvue de toute beauté : elle avait des yeux globuleux (option strabisme), les cheveux bruns et crépus, la peau grasse, un nez qui s’apparentait à une patate et une pilosité hors du commun. Elle s’appelait Moustache.
Elle était fille unique, bien sûr ; ce fût un tel choc pour le roi et la reine d’enfanter une telle créature qu’ils n’ont voulu renouveler l’expérience pour rien au monde. Pour l’amour de leur fille, ils avaient engagé les plus grands barbiers (de Séville à Manille) pour que les problèmes de pilosité de leur chère fille (qui la rendaient malheureuse) cessent mais rien n’y avait fait : à peine rasés ou épilés, les poils repoussaient aussitôt.
Princesse Moustache détestait les fées pour ce qu’elles lui avaient fait (ou plutôt pas fait). Alors, de temps en temps, elle allait se promener dans la forêt enchantée pour en étrangler, en écraser, ou en noyer quelques unes (mais ce qu’elle préférait, c’était les écraser sous une pierre la tête la première). Ensuite, elle leur arrachait les ailes et les mettait dans une bouteille.
Un jour, Moustache prit le chemin de la forêt et entendit un bruit vers le lac. Cachée derrière un arbre, elle observa une étrange créature en train de s’abreuver : elle ne mesurait pas plus d’un mètre, avait un corps de diplodocus doré, un crâne de renard et des cheveux roses. La princesse alla lui tapoter la clavicule et la créature prit peur :
« Pardi ! Que fais-tu ici, jeune fille velue, te serais-tu perdue ? » La princesse répondit : « Je suis la princesse Moustache et je viens ici pour tuer des fées car c’est à cause d’elles que je suis moche et poilue ! » La créature dit :
« Oh ! Mais c’est affreux ce qu’elles t’ont fait ! Tu as fort raison de te venger... Enchantée ma chère, moi c’est Christina, je suis la maîtresse de ces lieux. Si cela peut t’intéresser, la beauté je peux te donner ».
Moustache écarquilla les yeux et dit : « Ah bon ? » Christina reprit : « Mais en échange, je veux quelque chose...tu sais bien que dans ce monde rien n’est gratuit... »
Moustache dit : « Peu importe, j’ai le sou et tu as le mérite d’être honnête et de m’offrir ce que je désire, que veux-tu donc ? » Christina dit : « Ton royaume ! »
« Cela me paraît exagéré, voyons ! La forêt enchantée entière t’appartient déjà ! Si tu veux, je peux t’accorder l’aile ouest qui comporte huit-mille mètres carrés plus une cinquantaine de valets et soubrettes à ton service en échange de ma beauté. Cela te va ? » Christina acquiesça, et dit: « Marché conclu! » Elle secoua sa chevelure en direction de la princesse et des centaines d’étoiles tombèrent en cascade sur la princesse et sur le lac, et d’un coup, Moustache n’était ni velue, ni ingrate, elle avait des yeux de biche sous de longs cils recourbés, des cheveux lisses et soyeux, un joli nez fin et une peau douce et imberbe à souhait, une vraie reine de beauté. Lorsque la princesse vit son reflet dans l’eau, elle en eut les larmes aux yeux car Christina n’aurait pas pu faire mieux. Elles décidèrent de partir au royaume pour montrer la transformation de Moustache, et Christina devait prendre son du.
Quand le roi et la reine virent leur fille, ils furent éblouis par sa beauté et très reconnaissants envers Christina et lui donnèrent la clef de l’aile ouest sans piper mot. Ils désiraient tellement que leur fille soit heureuse... Soudain, le roi dit à sa fille : « Maintenant que tu es belle, veux-tu toujours t’appeler Moustache ? »
Moustache répondit : « Mais bien sûr père, c’est le nom que vous m’avez donné et je suis toujours la même voyons ! » Et son père répondit : « Maintenant tu devrais songer à trouver un prétendant, ainsi tu pourras régner. Alors ta mère et moi avons convenu ce rendez-vous, voici Edmond du Boulon des plaines Miraboles, n’est-il point beau ? ». Sur ce, un grand brun aux yeux verts fit son entrée. « Bonjour Princesse! » s’inclina le Prince.
Mais Moustache se sentit offusquée et trahie, et se mit à hurler :
« Si quelqu’un doit faire un choix, c’est moi et personne d’autre! » Alors Moustache se mit à courir sous les yeux éberlués de l’assemblée. La princesse se sentait désemparée.
Désormais elle était belle, certes, mais cela ne faisait pas d’elle une personne heureuse. Elle sentait qu’il n’y avait plus d’espoir.
Elle s’assit près du plus vieil arbre de la forêt enchantée et se mit à pleurer. Tout à coup, elle entendit des bruits de sabots et la plus enchanteresse des voix masculine :
« Qu’y a-t-il jeune fille ? Quels terribles maux peuvent donc peiner une si belle et jeune donzelle ? Quel est votre nom ? ».
La princesse, désespérée, les yeux remplis de larmes, ne leva même pas son visage et répondit :
« Princesse Moustache, car il y a quelques heures encore j’étais vilaine et velue, mais j’ai peur de ne jamais pouvoir être heureuse, vous comprenez ? ».
« Votre Altesse, c’est la bonté d’âme qui compte avant tout et le bonheur est en vous et non pas autour de vous... Vous comprenez? ». Moustache leva les yeux, et vit que l’homme qu’elle avait devant elle était un tout petit homme et son cheval un petit poney, mais il avait en main la clé du bonheur et peut-être bien celle de son cœur. Ses yeux étaient maintenant remplis d’espoir et elle ne vivrait désormais plus dans le noir.
« Quel est votre nom ? » lui demanda t-elle.
« Je m’appelle Max Pouce, Prince des Lilipouces ».
Le ciel au loin commença à s’obscurcir.
« Pouvez-vous m’accompagner jusqu’à mon royaume? Je commence à avoir la trouille ».
Et c’est ainsi que commença la belle histoire d’amour entre Moustache et Max Pouce. Ils vécurent heureux et eurent beaucoup beaucoup d’enfants : des beaux, des laids, des grands, des petits, des vraiment tout petits, des loufoques, des imberbes, des velus, des mondains, des saltimbanques, mais toujours avec un aussi grand cœur car ce n’est pas la beauté qui compte mais juste ouvrir son cœur et trouver le bonheur.